Ce que l’Occident refuse de voir
Certains livres dérangent parce qu’ils touchent juste. Le Camp des Saints est de ceux-là. Depuis plus de cinquante ans, le roman de Jean Raspail est voué aux gémonies, non pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il oblige à regarder en face.
Dans cet article, Antoine assume une relecture sans faux-semblants de cette œuvre honnie, à la lumière des réalités contemporaines. Il ne s’agit ni de complaisance ni de diabolisation, mais d’un constat, à force de refuser le débat, nos sociétés ont remplacé la lucidité par le déni.
Que l’on approuve ou que l’on rejette les thèses de Raspail, une chose demeure, ignorer les avertissements ne les rend jamais caducs. Cet article invite à rompre le silence, avant que celui-ci ne devienne irréversible.
Louis Perez y Cid
Le Camp des Saints
Antoine Marquet (lt-colonel TE-er)
Rédacteur en chef du magazine Képi Blanc j’avais lors, entre autres, la charge de la recension des ouvrages littéraires que l’on m’adressait pour les proposer aux lecteurs du magazine. Longtemps l’envie m’a taquiné de faire celle du Camp des Saints de Jean Raspail, ambassadeur de Patagonie, journaliste et écrivain. J’avoue que je me suis autocensuré afin de ne pas attirer sur le magazine des critiques qui pourraient lui être néfastes.
Les mouvements de populations d’autres cultures, d’autres religions, d’autres mœurs vers les pays de culture et traditions occidentales, suscitent de plus en plus de débats passionnés où les plus violents défendent bec et ongles l’identité de nouveaux arrivants au détriment absolu de leur propre identité. En parler, ce n’est pas politiquement correct, mais je ne suis plus rédacteur en chef de Képi blanc, alors… Voici le Camp des Saints.
« Le Camp des Saints » : quand la fiction devient avertissement
Peu de romans ont suscité autant de débats que Le Camp des Saints de Jean Raspail. Publié en 1973, ce texte dystopique n’est pas une simple fiction apocalyptique : c’est un avertissement sur la fragilité de l’Occident face à des bouleversements démographiques et culturels massifs. Aujourd’hui, face aux flux migratoires qui touchent l’Europe et aux tensions croissantes dans le monde, son propos semble prophétique.
Raspail imagine près d’un million de migrants du delta du Gange atteignant les côtes méditerranéennes françaises, confrontés à un État et à une société incapables de réagir efficacement. L’Occident y apparaît paralysé moralement, attaché à l’altruisme et à la culpabilité au point de négliger sa survie culturelle et sociale. Cette vision, dramatique mais éclairante, souligne la fragilité d’une civilisation qui a longtemps cru que ses valeurs suffiraient à assurer sa continuité.
Le roman critique également l’incapacité des élites — politiques, médiatiques et religieuses — à protéger l’intérêt collectif. Par ses personnages et ses situations extrêmes, Raspail invite à réfléchir aux choix éthiques et stratégiques qui conditionnent le destin de l’Occident. Il ne s’agit pas de diaboliser les migrants ou les communautés étrangères, mais de constater l’impact réel de tensions culturelles et religieuses souvent occultées dans le débat public.
Si le roman a été accusé de xénophobie ou de racisme, c’est surtout en raison de sa crudité et de sa franchise. Le réduire à une provocation morale serait passer à côté de son message : une alerte sur l’aveuglement collectif et la désorganisation culturelle. Dans le contexte actuel, où la sécurité et la cohésion sociale sont régulièrement mises à l’épreuve, le propos de Raspail gagne en pertinence.
Les faits récents en Europe ne font que confirmer la justesse des inquiétudes de l’auteur. Des vagues migratoires importantes, associées à des difficultés d’intégration et à des tensions sociales, ont mis en lumière les limites de certaines politiques et la vulnérabilité de structures étatiques souvent dépassées par l’ampleur du phénomène. La France, comme d’autres pays européens, se trouve confrontée à des choix décisifs sur son identité culturelle, sa sécurité et sa cohésion sociale — autant de problématiques que le roman avait anticipées avec un réalisme inquiétant.
Le tragique attentat qui a eu lieu hier à Sydney illustre – si besoin était - cette réalité avec une brutalité saisissante. Lors de la célébration de l’allumage de la première bougie de Hannouka, deux terroristes islamistes, père et fils, ont attaqué la communauté juive de la ville. Leur radicalisation s’inscrit dans un contexte politique sensible, renforcée par les positions publiques de certains responsables, comme le Premier ministre australien, perçues par certains islamistes comme un soutien à la cause palestinienne. Le carnage aurait pu être bien plus dramatique sans l’intervention courageuse d’un homme d’origine moyen-orientale qui a neutralisé l’un des assaillants, empêchant ainsi que la tragédie ne s’aggrave. Cet acte rappelle que la vigilance et le courage individuels peuvent parfois limiter l’horreur, mais que les menaces réelles sont intimement liées aux fractures idéologiques et culturelles que notre société choisit d’ignorer.
En fin de compte, Le Camp des Saints demeure une œuvre courageuse et nécessaire. Elle interroge nos sociétés, notre identité et nos choix collectifs. Que l’on adhère ou non à toutes ses conclusions, elle mérite d’être lue sérieusement, non comme un pamphlet, mais comme une alerte sur la vulnérabilité de l’Occident face à des menaces démographiques, culturelles et sécuritaires. Ignorer ce message serait bien plus dangereux que de l’affronter avec lucidité.