Une « nouvelle guerre froide » ?
« Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes. »
Par Louis Perez y Cid
La guerre en Ukraine a dissipé une illusion tenace, celle d’une Europe définitivement sortie de l’histoire des rapports de force.
Au-delà des combats, c’est une confrontation de long terme qui s’est installée entre l’Occident et la Russie. Une confrontation appelée à durer, sans solution rapide ni nouvel ordre de sécurité à l’horizon.
Pour autant, une guerre majeure entre la Russie et l’OTAN demeure peu probable. La dissuasion nucléaire continue de jouer son rôle, elle fige les lignes rouges et empêche l’escalade vers un conflit total.
Mais l’absence de guerre ouverte ne signifie pas la paix.
Car une autre guerre est déjà là. Plus discrète, plus diffuse. Elle se déploie dans les zones grises, pressions militaires limitées, cyberattaques, campagnes de désinformation, sabotages, tentatives de déstabilisation des sociétés européennes. Une « nouvelle guerre froide » s’est installée et nous y sommes pleinement impliqués.
Dès lors, une question revient avec insistance, la France a-t-elle assez de soldats ? Contrairement à une idée répandue, la réponse est plutôt oui... globalement.
L’armée de Terre dispose d’effectifs suffisants pour ce type de confrontation, à condition d’utiliser pleinement toutes ses ressources.
Comparer notre situation à la guerre d’attrition ukrainienne est trompeur. La France agit dans un cadre collectif, celui de l’OTAN, pour l’instant, et sa mission n’est pas de soutenir une guerre longue, mais de dissuader, contenir et réagir vite. L’armée d’active en constitue le cœur. À ses côtés, la réserve devient essentielle, notamment pour la protection du territoire et le renforcement des forces en cas de crise. Le doublement prévu de ses effectifs d’ici 2030 est un atout majeur, à condition d’y consacrer des moyens réels.
Mais les effectifs ne font pas tout. La condition humaine est décisive. Soutenir les militaires et leurs familles, préserver l’équilibre entre engagement et vie personnelle, fidéliser les compétences, tout cela compte autant que l’entraînement ou l’équipement.
À l’échelle européenne, le défi serait moins de déployer des forces que de tenir dans la durée, remplacer les pertes, sécuriser le territoire, faire face simultanément à des menaces hybrides en Europe et ailleurs.
Une piste existe pourtant, mobiliser davantage les anciens militaires récemment revenus à la vie civile. Formés, expérimentés, ils pourraient renforcer l’encadrement et donner de la profondeur au modèle de défense commun, la « Coalition des volontaires » de 34 nations, à condition que cette réalité soit assumée politiquement.
L’enjeu n’est donc pas de « gagner » une guerre contre la Russie, mais de démontrer que toute agression serait contenue et coûterait trop cher. Cette crédibilité, fondée sur des forces conventionnelles solides, une dissuasion nucléaire intacte et le soutien de la population, reste la meilleure garantie de paix.
Le message doit être simple, lisible et crédible :
qui s’y frotte, s’y pique.